Extrait de Mission Israël
Mission Israël est un livre singulier : une œuvre à deux voix, celle de l’écrivain et celle de l’artiste visuel, réunies pour la première fois dans un même projet.
Yasha Knecht propose ici trente ans de réflexion sur Israël, la Torah et le destin de l’humanité. Des commentaires de parashot (portions hebdomadaires de la Torah lues en synagogue) aux analyses géopolitiques, de la mystique du Zohar aux témoignages d’otages, ses textes tracent un seul et même chemin : comprendre, à la lumière des sources juives les plus anciennes, ce que signifie le retour d’Israël sur sa Terre — pour les Juifs, pour les nations, et pour l’histoire du monde.
Mais chaque article est aussi une image.
Conçues par l’auteur avec les outils de l’intelligence artificielle, ces compositions visuelles ne sont pas des illustrations : elles sont des œuvres à part entière, nées du même regard qui a produit les textes. Elles donnent à voir ce que les mots ne peuvent que dire — la lumière et l’obscurité de l’histoire, la beauté et le poids de la mission d’Israël, la tension entre l’instant et l’éternité.
Mission Israël s’adresse à ceux qui lisent et à ceux qui regardent. Aux Juifs et aux non-Juifs. À ceux qui cherchent à comprendre le conflit au Moyen-Orient et à ceux qui cherchent quelque chose de plus vaste : le sens de ce moment précis que nous vivons, inscrit depuis toujours dans les lignes de la Torah.
Car derrière chaque crise, chaque guerre, chaque incompréhension entre les peuples, la même question revient : saurons-nous, un jour, dépasser en nous l’instinct de Caïn ?
La Torah, miroir du monde
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Ce livre commence par un meurtre.
Pas parce que la violence est notre sujet — mais parce qu’elle est notre point de départ. La Torah ne commence pas par les commandements, ni par la loi, ni même par la création du peuple juif. Elle commence par l’humanité. Et l’humanité, dès ses premières pages, produit un fils qui tue son frère.
Ce n’est pas un accident de parcours. C’est un avertissement.
La Torah est le seul texte sacré qui ose regarder l’homme sans illusion. Elle ne dit pas que l’homme est bon par nature et corruptible par les circonstances. Elle dit que quelque chose en lui — quelque chose de profond, de tenace, d’intime — résiste à la fraternité. Caïn n’est pas un monstre. C’est un homme. Et c’est précisément pour cela que son geste nous concerne tous.
Les textes qui composent cette première partie suivent le cycle annuel de la lecture de la Torah — les parashot qui rythment chaque semaine de l’année juive depuis des millénaires. Mais ils ne sont pas des commentaires académiques. Ils sont des fenêtres. Chaque paracha ouvre sur une question qui est la nôtre, aujourd’hui, ici, dans ce monde fracturé que nous habitons.
Le fil conducteur est simple : la Torah est un texte vivant. Elle ne parle pas du passé. Elle parle du présent avec les mots du passé. Et quand on apprend à la lire ainsi, on découvre qu’elle a tout prévu — les guerres, les trahisons, les réconciliations impossibles, et parfois, les miracles.
Commençons.
PARTIE I
Torah et Parashot : le texte vivant
Commentaires de parashot et textes du cycle annuel
Caïn et Hével
Le premier meurtre de l’histoire : quand l’amour renaît de la haine
Le premier acte de violence humaine surgit dès les premières pages de la Torah. Caïn se lève contre Hével, son frère, et le tue. Le monde alors ne compte que quatre êtres : Adam, ‘Hava, Caïn et Hével. Et déjà, un quart de l’humanité est anéanti.
Jamais, depuis la création, une catastrophe d’une telle intensité ne s’était produite : un frère détruit son propre frère.
Le silence d’Adam et ‘Hava
Le Midrash nous peint une scène poignante : « Adam et ‘Hava, assis auprès du corps de leur fils Hével, ne savaient que faire. Alors Dieu envoya un corbeau enterrer le cadavre de son compagnon, et ils comprirent ce qu’ils devaient faire : (Pirké Dérabbi Eliézer, ch. 21).
Une image mystérieuse. Pourquoi dit-on qu’ils « ne savaient pas que faire » ? Adam savait pourtant que « tu es poussière, et à la poussière tu retourneras ». Il savait que l’homme vient de la terre et qu’il y retourne. Pourquoi donc attendre un corbeau pour comprendre ? Et pourquoi ce corbeau précisément ?
Ce Midrash n’est pas une simple leçon d’enterrement : il exprime un cri silencieux. Adam et ‘Hava ne savaient pas seulement quoi faire du corps, ils ne savaient plus quoi faire de la vie. Comment continuer à croire en l’humanité après avoir vu son fils tuer son frère ? Comment espérer encore, quand la première famille est brisée par la haine ?
Le corbeau, maître inattendu de compassion
Alors Dieu leur envoie un signe. Un corbeau — cet oiseau réputé pour sa dureté. Nos Sages enseignent qu’il est l’un des animaux les plus cruels : il ne nourrit pas ses petits, les chasse du nid, les laisse se débrouiller seuls.
Et pourtant, ce corbeau-là, voyant son compagnon mort à ses côtés, fut pris de compassion. Il creusa la terre et recouvrit le corps de son semblable. Il accomplit un ‘hessed shel émet — un acte de bonté absolue, désintéressée, envers un être qui ne pouvait rien lui rendre.
À travers ce geste, Dieu parle à Adam et ‘Hava :
« Regardez. Même dans le corbeau, symbole d’égoïsme, J’ai placé une étincelle d’amour. Même dans le monde le plus dur, il existe une impulsion de bonté. Cette force-là, c’est elle qui sauvera le monde. »
Une étincelle plus forte que la haine
Oui, Dieu a créé la haine, mais Il a aussi créé l’amour. Et l’amour véritable, celui qui ne cherche rien en retour, est plus fort que la haine. La haine est bruyante, violente, spectaculaire. Mais elle est contre-nature. L’amour, lui, est la nature profonde de la création. C’est l’énergie originelle, celle qui relie, qui soigne, qui élève.
Grâce à elle, Adam et ‘Hava ont pu se relever et donner naissance à une nouvelle humanité.
L’interdit qui naît du sang d’Hével
Ce sang versé n’est pas resté sans réponse divine. Après le déluge, Dieu confie à Noé et à ses descendants — c’est-à-dire à l’humanité tout entière — l’interdiction absolue de verser le sang humain : « Qui répand le sang de l’homme, par l’homme son sang sera répandu, car Dieu a fait l’homme à Son image » (Genèse 9:6). C’est l’une des sept lois données aux enfants de Noé, la shefikhat damim.
Cette loi n’est pas un ajout tardif. Elle porte en elle la mémoire du cri d’Hével, le premier sang versé. Elle rappelle à toute l’humanité, juifs et non-juifs, ce que le meurtre d’un frère a révélé dès l’origine : chaque être humain porte en lui l’image de Dieu, et s’attaquer à un homme, c’est s’attaquer à cette image elle-même. C’est pourquoi cet interdit ne concerne pas seulement Israël, mais chaque descendant de Noé — chaque être humain sur terre.
Notre génération, la même épreuve
Et ce message résonne jusqu’à nous. Notre génération aussi a vu la haine à visage humain. Des familles massacrées, des enfants arrachés, une cruauté qu’aucun esprit ne peut concevoir. Mais la réponse divine reste la même : notre amour est plus fort que leur haine. Notre lumière, même fragile, chasse l’obscurité. Car malgré tout, nous savons encore aimer.
Peut-être l’avions-nous oublié, mais ces épreuves nous rappellent une vérité essentielle : nous ne pouvons pas vivre les uns sans les autres.
C’est dans la fidélité à cette étincelle d’amour : celle du corbeau, celle d’Adam et ‘Hava, celle de Dieu que l’humanité peut encore se relever.
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