La Emounah (la foi) Parasha Ytro, le don de la Torah au mont Sinaie

Yossef et le secret du pardon : voir la main de Dieu derrière l’épreuve

L’histoire du pardon de Yossef est l’un des enseignements les plus profonds de la Torah sur le sens des épreuves et la Providence divine.

Référence Midrashim

רַבּוֹת מַחֲשָׁבוֹת בְּלֶב אִישׁ וַעֲצַת ה’ הִיא תָקוּם (משלי יט, כא). הַשְּׁבָטִים חָשְׁבוּ לְהַעֲבִיר אֶת יוֹסֵף, וְהַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא חָשַׁב לַעֲשׂוֹתוֹ מֶלֶךְ, וְקָמָה עֲצַת ה’. (שמות רבה א:ד)

« Il y a de nombreuses pensées dans le cœur de l’homme, mais c’est le dessein de Dieu qui s’accomplit » (Proverbes 19:21). Les frères ont comploté pour faire disparaître Yossef, mais le Saint, béni soit-Il, a conçu le plan de le faire roi, et c’est le dessein de Dieu qui s’est accompli. (Shemot Rabba 1:4)

אָמַר רַב יְהוּדָה בְּרַבִּי שָׁלוֹם: תִּרְאֶה כַּמָּה תַּחְבּוּלוֹת עוֹשֶׂה הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא עַד שֶׁלֹּא יָבִיא אֶת הָאָדָם לִידֵי גְּדֻלָּה… (שמות רבה א:א)

Rabbi Yehouda bar Shalom a dit : Regardez combien de stratagèmes le Saint, béni soit-Il, déploie avant de mener un homme à la grandeur. La vente de Yossef par ses frères fut l’instrument divin caché pour assurer leur survie et accomplir le plan céleste. (Shemot Rabba 1:1)

וַיְנַחֵם אוֹתָם וַיְדַבֵּר עַל לִבָּם (בראשית נ, כא). רַבִּי יוֹחָנָן אָמַר: שֶׁאָמַר לָהֶם דְּבָרִים שֶׁמִּתְקַבְּלִים עַל הַלֵּב, וְכִי עֲשָׂרָה נֵרוֹת לֹא יָכְלוּ לְכַבּוֹת נֵר אֶחָד, נֵר אֶחָד יָכוֹל לְכַבּוֹת עֲשָׂרָה נֵרוֹת? (בראשית רבה צד:ג)

« Il les consola et parla à leur cœur » (Genèse 50:21). Rabbi Yoḥanan a enseigné : Yossef leur a dit des paroles rassurantes. Il leur a dit : ‘Si dix bougies (vous, les dix frères) n’ont pas réussi à éteindre une seule bougie (moi), comment une seule bougie pourrait-elle éteindre dix bougies ?’ (Béréchit Rabba 94:3)

 

Une histoire moderne qui révèle un principe spirituel

Imaginez. Nous sommes en novembre 2015, à l’époque des attentats au couteau en Israël. Un homme, Daniel Cohen, attend son bus. Soudain, une douleur fulgurante. Un couteau vient de se planter dans son dos. Grièvement blessé, il est plongé dans le coma et transporté d’urgence à l’hôpital. En l’opérant, les médecins découvrent l’impensable : une tumeur extrêmement agressive qui l’aurait tué en quelques semaines. Le coup de couteau, cet acte de haine pure, venait de lui sauver la vie.

Cette histoire moderne, aussi incroyable soit-elle, est le reflet d’une sagesse millénaire enseignée par nos Textes à travers l’histoire biblique. Elle nous invite à poser un regard différent sur les épreuves de notre vie, un regard comme celui du patriarche Yossef : un regard qui voit au-delà de la faute.

 

Le Paradoxe du Pardon de Yossef

Après des années de souffrance et de séparation, Yossef, devenu vice-roi d’Égypte, se retrouve face aux frères qui l’ont vendu comme esclave. Au lieu de la vengeance, ses paroles sont déconcertantes :

« Ne vous affligez pas et ne soyez pas fâchés de m’avoir vendu ici, car c’est pour vous sauver la vie que Dieu m’a envoyé devant vous… Et maintenant, ce n’est pas vous qui m’avez envoyé ici, mais Dieu. » (Béréchit 45:5-8)

Yossef semble inventer une nouvelle forme de relation humaine : il ne juge pas l’intention, mais le résultat. Puisque le résultat final est bon, il efface la faute. Mais faut-il alors féliciter l’agresseur de Daniel Cohen et lui décerner une médaille ? Évidemment que non.

Cette attitude soulève une question vertigineuse : si tout vient de Dieu, pourquoi punir ? Pourquoi la justice existe-t-elle ? La réponse de Yossef nous enseigne à naviguer entre deux niveaux de réalité : le plan humain et le plan divin.

 

Voir la main de Dieu dans l’épreuve

Le Zohar, un des textes fondamentaux de la Kabbale, explique que Yossef a réellement pardonné. Il a effacé le passé car il voyait la main de Dieu en toute chose. Pour lui, le mal n’est qu’une illusion, une étape vers un bien plus grand. Dans un monde gouverné par la Providence Divine (Hachgacha Pratit), ce qui ressemble à une chute est souvent une élévation déguisée.

Cette foi inébranlable n’est pas une théorie abstraite. Elle est une force vécue, même dans les pires ténèbres. Récemment, Julie Kuperstein, mère d’un otage à Gaza, a reçu un appel d’un terroriste qui voulait la menacer. Avec une force intérieure impressionnante, elle lui a répondu :

« Mon fils n’est pas entre tes mains. Il est uniquement entre les mains du Créateur. Et toi aussi. »

Le terroriste, décontenancé, a simplement répondu : « Respect, Madame. »

Cette réponse est l’écho de celle de Yossef. Elle ne nie pas le mal commis, mais elle refuse de donner le pouvoir à l’auteur du mal. Elle affirme que le véritable maître du jeu, c’est Dieu. C’est un message de Emouna (foi), de dignité et de responsabilité qui nous invite à ne pas rester prisonniers de la peur.

 

Pardonner pour se libérer de la haine

Mais le pardon n’est pas seulement un acte de foi, c’est aussi un acte de protection.

Un jeune couple se marie à Jérusalem en plein confinement. La fête est déjà réduite au minimum lorsque, suite à un appel malveillant, la police débarque et interrompt la cérémonie. La joie est brisée, le souvenir détruit. Des mois plus tard, à la veille de Yom Kippour, l’homme qui avait appelé la police contacte le marié, en larmes. Sa vie est un désastre depuis cet événement et il supplie qu’on lui pardonne.

Après une longue hésitation, le mari décide de pardonner. Non pas parce que l’autre le mérite, mais parce qu’il veut, lui, se libérer de ce poids. Le lendemain, sa femme enceinte est victime d’un terrible accident de voiture. Il accourt à l’hôpital, s’attendant au pire. Miraculeusement, elle et le bébé sont sains et saufs. Les médecins lui expliquent que si l’airbag s’était ouvert normalement, il aurait été fatal pour eux.

Il comprend alors : son pardon n’était pas une faiblesse. C’était un bouclier. Pardonner, c’est refuser de vivre prisonnier de la haine de l’autre. C’est un acte qui protège celui qui pardonne bien plus que celui qui a fauté.

 

Justice humaine et Providence divine

Alors, faut-il tout pardonner et ne jamais se défendre ? Absolument pas. La Torah établit une distinction fondamentale :

Entre l’homme et son prochain : ce qui compte est le résultat. Il faut réparer le mal causé.

Entre l’homme et Dieu : ce qui compte est l’intention.

Yossef dit à ses frères : sur le plan humain, votre action a finalement abouti au bien, donc je ne vous demande rien. Mais sur le plan spirituel, votre intention de nuire reste votre responsabilité devant le Ciel.

Pardonner ne signifie pas nier le mal ou excuser l’agresseur. Le roi David, face à Chimi ben Guéra qui l’insulte, accepte l’humiliation comme un message divin. Mais en tant que roi, il s’assure que justice soit faite plus tard pour maintenir l’ordre.

Ces deux attitudes se complètent :

1. Sur le plan spirituel : Nous accueillons l’épreuve comme venant de Dieu et nous cherchons le sens caché, sans nourrir la haine.

2. Sur le plan humain : Nous agissons concrètement. Nous nous protégeons, nous dénonçons l’injustice et nous la faisons réparer.

 

De la faute à la réparation : la leçon de Yossef

Avant de se dévoiler, Yossef met ses frères à l’épreuve. Non par vengeance, mais pour voir s’ils ont changé. Il recrée la situation : un autre fils de Rachel, Binyamin, est menacé. Cette fois, Yehouda s’interpose, prêt à se sacrifier. À cet instant, Yossef comprend. Ses frères n’étaient pas mauvais, mais immatures, aveuglés par la jalousie et la peur.

Il découvre que la faute naît souvent d’une blessure, pas d’une cruauté fondamentale. Il choisit alors la réparation (Tikkoun) plutôt que la vengeance.

Une dernière histoire pour illustrer ce principe. Un homme âgé chassait violemment chaque année les émissaires Habad qui venaient lui proposer d’allumer les bougies de Hanoucca. Un jour, il les accueille calmement et leur dit : « Entrez. J’ai demandé un signe à Dieu, et une kippa est tombée du ciel devant moi. » Ce qu’il ignorait, c’est qu’un voisin avait perdu sa kippa, emportée par le vent quelques instants plus tôt.

Un accident pour l’un est devenu un message pour l’autre.

C’est toute l’histoire de Yossef. Ce qui semble être un accident, une chute, une injustice, devient un instrument de lumière. La vraie question n’est pas : « Pourquoi cela m’arrive-t-il ? », mais : « Qu’est-ce que je fais maintenant avec ce qui m’est arrivé ? »

Yossef nous enseigne que nous ne sommes pas définis par nos chutes, mais par notre capacité à nous relever et à transformer l’obscurité en lumière. Même les erreurs les plus douloureuses peuvent devenir les racines de la plus grande des délivrances. C’est un message d’espoir universel : même dans la nuit la plus profonde, l’aube est déjà en chemin.

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