Comment lire le Midrash ? L’approche du Rambam
L’étude du Midrash est un voyage fascinant au cœur de la sagesse juive. Pourtant, de nombreux lecteurs sont déroutés par certains récits qui semblent défier la logique ou les lois de la nature. Faut-il tout croire au pied de la lettre ? Est-ce de la simple mythologie ?
Pour répondre à ces questions, nous devons nous tourner vers l’une des plus grandes autorités de l’histoire juive : Maïmonide, le Rambam (1138-1204). Dans son introduction au chapitre Hélek, il définit une méthodologie claire pour approcher l’Agada (les récits non-juridiques).
Les trois profils de lecteurs
Le Rambam identifie trois attitudes face aux paroles des Sages de la période talmudique (Hazal) :
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Le littéraliste naïf : Il accepte tout au pied de la lettre, pensant ainsi honorer les Sages. Le Rambam est sévère à son égard : en refusant d’admettre la dimension métaphorique, ce lecteur finit par faire passer les Sages pour des gens irrationnels, dégradant la Torah au rang de récits absurdes.
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Le critique moqueur : Lui aussi prend tout au sens littéral, mais il s’en sert pour rejeter la sagesse des Sages, les considérant comme « primitifs ». Pour le Rambam, ce lecteur manque de profondeur intellectuelle car il s’arrête à l’écorce sans chercher le fruit.
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Le chercheur de vérité : C’est l’approche que le Rambam préconise. Ce lecteur comprend que les Sages sont des maîtres de la pensée et que, s’ils utilisent un langage étrange ou surnaturel, c’est pour dissimuler (et révéler) des concepts philosophiques et éthiques profonds.
Pourquoi les Sages utilisent-ils des métaphores ?
On pourrait se demander : « Pourquoi ne pas parler clairement ? ». Le Rambam explique que le Midrash est une pédagogie de précision :
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Un langage pour tous : Contrairement aux traités de philosophie abstraite, le Midrash s’adresse à tous. Un enfant peut lire l’histoire et y trouver une image marquante, tandis qu’un érudit y décèlera une vérité métaphysique complexe.
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L’évolution de la compréhension : Le Midrash grandit avec nous. L’image que nous avons mémorisée enfant devient le réceptacle d’une compréhension plus mature à l’âge adulte.
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La tradition biblique : Les Sages ne font qu’imiter le style de la Bible elle-même (le Tanakh). Le Roi Salomon, le plus sage des hommes, n’a-t-il pas écrit le Cantique des Cantiques ou les Proverbes sous forme d’allégories ?
Vérité vs Factualité : La clé du Midrash
La question fondamentale n’est pas : « Est-ce que cela s’est passé ainsi ? », mais plutôt : « Quelle est la vérité que ce texte m’enseigne ? ».
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Le Fait est une information technique (ex: l’heure qu’il est). C’est exact, mais cela ne transforme pas l’âme.
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La Vérité est une essence. Une parabole (Mashal) peut ne jamais avoir eu lieu historiquement, mais être « plus vraie » qu’un fait historique, car elle révèle un mécanisme éternel du monde ou de la psyché humaine.
En lisant nos traductions du Midrash, gardez toujours à l’esprit ce conseil du Rambam : chaque détail est une porte dérobée vers une sagesse infinie. Ne vous arrêtez pas à l’image, cherchez le message.
Conclusion : Une étude au-delà de la lettre
Étudier le Midrash avec l’esprit du Rambam, c’est accepter que la Torah nous parle sur plusieurs fréquences simultanément. C’est transformer une lecture passive en une quête active de sens.
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